La mécanique des femmes

Publié le par Netra

Chambres d'hôtels au petit matin où on n'a pas dormi, étrangement vides, silencieuses. On souhaiterait que le monde se pétrifiât pendant que, dans le lit, après les dépenses de la nuit, le petit corps en boule sous les couvertures se repose d'une demi-somnolence qui, bientôt, s'interrompra pour la séparation du jour nouveau.

- Tu ne penses jamais à la mort ?
Elle tourbillonne gaiement sur elle-même.
- Je suis jeune !
- Je te parle sérieusement. Tu ne penses jamais à la mort ?
Sa main, qu'elle applique à la jointure de ses cuisses, la robe creusée.
- Je pense à ça. C'est pareil.
Une expression de mépris.
- Tu veux de ma petite mort ?
Le corps en arrière, elle tend son sexe.
- Et avec elle, on meurt plusieurs fois. Tu veux essayer? Je suis une bonne petite mort salope.
- Je te demande si tu ne penses jamais à la mort ?
En fureur, le regard dur.
- Tu m'emmerdes avec ta mort ! Moi, je baise, et tant que je baise, la mort, je m'en fous !
Rageusement jetée dans un fauteuil.
- Ta mort, tu peux te branler avec !
M'approchant d'elle.
- Ne me touche pas.
Elle enfouit sa tête dans ses bras repliés.
- Je ne veux pas qu'on me parle de mort !
La voix aiguë.
- Je suis vivante, moi, vivante !
J'allume une cigarette.
- Qu'est-ce qui te fait si peur ?
Dressée comme sous l'effet d'une décharge électrique.
- Le Diable, Si tu veux le savoir ! Satan ! Lucifer ! Le Diable !
En larmes, elle rit follement.


Louis Calaferte - La mécanique des femmes

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Publié dans netra

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